LES TYPES PRINCIPAUX DE MUNITIONS D'ARTILLERIE EN 1914-1918

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Organisation interne d'un obus à balles Français
L'évolution des projectiles
Obus à balles et à fragmentation
Obus explosifs
Obus fumigènes, incendiaires ou à gaz
Torpilles d'artillerie de tranchée

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Troupes à découvert ou terrées dans de profondes tranchées, bunkers en béton ou baraquements en bois, dépots de munitions ou bateaux, forts avec cuirassement ou habitations, blindés ou avions, la destruction de chaque type de cible peut exiger un type de projectile spécifique. Et quand c'est pour faire la guerre, l'imagination de l'homme est parfois bien prolifique...



L'évolution des projectiles

Le projectile est propulsé par le canon sur la cible à détruire. Historiquement, les premiers canons, bien avant la première guerre mondiale, ont d'abord lancé des boulets pleins en pierre ou en fonte, ou de la mitraille de différentes natures.

On retrouve ainsi en 1273 trace de l'usage d'un canon à poudre par le Sultan arabe Abou-Youssouf, tirant du 'gravier de fer' sur les assiégés de Sidjilmesa ! Dans la seconde partie du moyen-âge, les bombardes de tous calibres se mirent à briser les murs des plus formidables forteresses avec des boulets pleins en pierre ou en fonte, entraînant une réforme profonde des principes des fortifications et annonçant l'avènement des systèmes de type 'Vauban'.

Vieux modèle de bombe - boulet creux chargé en poudre noire, utilisés avec des tubes lisses de mortiers français de 150, 220, 270 et 320 mmLes projectiles creux, emplis de poudre ou de matière inflammable apparurent ensuite. Et c'est en 1803 que l'officier anglais Shrapnel inventa l'obus portant son nom, dont l'explosion en plein vol dispersait une nuée de balles sur les adversaires à découvert.

Une autre évolution concerna la charge propulsive. Culot de douille de 77 allemand, fabriquée à la Fabrique Nationale de Herstal en Belgique occupée (novembre 1917) - voir amorce à percussion au centre...Anciennement déversée dans le tube du canon par la gueule, puis tassée avant l'introduction du boulet, la poudre fut conditionnée en sachets en tissu ("gargousses") ou dans des douilles en cuivre ou en laiton. Dans ce dernier cas, une amorce au fulminate de mercure se trouvait à la base de la douille, frappée (ou mise à feu électriquement) par le mécanisme de mise à feu du canon, côté culasse. Les charges non conditionnées en douilles nécessitaient l'emploi d'une étoupille à friction, percussion ou électrique, traversant le mécanisme de la culasse.

Intérieur du culot de douille de 77 allemand, fabriquée à la Fabrique Nationale de Herstal en Belgique occuppée (novembre 1917) - voir les deux trous pour communication de la flamme de l'amorce à la charge...

Toutes les charges propulsives de 1914 utilisaient de la cordite ou de la poudre sans fumée, plus recommandée pour la furtivité. Certains mélanges propulsifs, plus difficilement inflammables (par ex. poudre B), nécessitaient une charge relais (par ex. poudre noire) mise à feu par l'amorce.

Plusieurs techniques existaient pour l'assemblage de l'obus et de la charge propulsive :

Morceaux de culot d'obus à balles ('Chambre à poudre') de 75 ou de 77 mm, équipés de leur bande en cuivre imprimée par les rayures du canon.La stabilité du vol de l'obus était assurée par le mouvement de rotation qui lui était conféré par les rayures du tube du canon (effet gyroscopique). Fragment de bande d'un obus d'artillerie lourde, trouvé à VerdunPour ce faire, la base de l'obus était ceinturée d'une ou plusieurs bandes de cuivre ou de métal mou, de diamètre égal au diamètre du tube en fond de rayures. Ainsi, au moment du tir, cette bande s'encastrait dans les rayures en pas de vis du canon, et imprimaient à l'obus un mouvement de rotation sur lui-même. D'innombrables fragments de ces bandes, tout aussi mortels que les éclats d'acier des obus, peuvent encore être trouvées sur les anciens champs de bataille.

Coupe d'un canon de 150 mm Krupp, avec obus de 45 kg. Remarquer les rayures et les deux bandes de cuivre.

Enfin, la nature des explosifs fit également l'objet d'une évolution. La poudre noire des débuts, facile à faire exploser mais peu puissante et brisant les obus en trop gros fragments fit peu à peu place au TNT. Mais si la puissance explosive de ce dernier était de loin meilleure, sa détonation était souvent difficile.

Une substance 'miracle' fut trouvée, qui alliait grande puissance explosive et facilité de détonation. L'acide picrique, appelé 'Mélinite' en France, et 'Lyddite' en Angleterre, ou encore 'Granatfüllung 88' en Allemagne fut utilisé. Par contre, cette substance était délicate à produire et nécessitait de vernir ou étamer l'intérieur des obus car elle réagissait avec l'acier pour former des picrates instables risquant d'exploser sous l'accélération du départ . Il faut noter que sous sa forme fondue ou comprimée, la mélinite était également assez difficile à faire détoner !

C'est ainsi que l'on revint peu à peu au TNT, mais en adjoignant aux fusées un détonateur à haute explosivité (par exemple à mélinite pulvérulente), pour faire détoner ensuite la charge principale.

Tous ces types d'explosifs étaient en usage en 1914.


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Les obus à balles et à fragmentation

Les obus à balles constituaient en 1914 les munitions principales de l'artillerie de campagne. Destinés à exploser au-dessus des formations ennemies par l'usage d'un mécanisme de mise à feu (fusée) spécifique, ils dispersaient une gerbe mortelle de fragments et de balles tout en produisant un nuage de fumée qui permettait aux artilleurs de régler leur tir.

On distinguait principalement en 1914 deux types d'obus à balles : les obus à mitraille, et les obus à charge arrière, plus modernes.



Les performances de rupture des obus à balles étaient jugées suffisamment efficaces contre des abris légers (petite maçonnerie, abris en bois, ...). Les Allemands les dopèrent même en utilisant au début du conflit un 'obus universel' ('Einheitsgeschoss') dans lequel la résine entourant les billes était remplacée par du TNT. Obus à mitraille du canon français d'infanterie de 37 Comme souvent avec les compromis, ce projectile ne donnait toutefois pas entière satisfaction ni en tant qu'obus à balles, ni en tant qu'obus explosif, et fut donc graduellement abandonné. Les Français firent la même expérience, tout aussi décevante, avec leurs 'Obus Robin'.

Schéma de l'obus à balles du canon français de 75Pour être complets, mentionnons également les boîtes à mitraille (en anglais : 'cannister'), destinées à la défense rapprochée. Il s'agissait le plus souvent d'une boîte cylindrique en zinc, munie d'un couvercle en zinc et d'une base en bois.

Ce projectile, rempli de balles de plomb plus massives que celles des obus à balles, se déchirait dans l'âme du canon sous l'effet du tir, envoyant à bout portant sa gerbe de balles. Les canons disposant d'obus à balles se passaient aisément de ce genre de dispositif, les fusées pouvant être réglées pour déclencher le 'tir à mitraille' (qu'on appelerait bien 'tir de shotgun' !) dès la sortie de la bouche à feu.

Les boîtes à mitraille allemandes étaient un peu différentes, plus longues, et avec une ogive sphérique.


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Obus explosifs

Schéma de l'obus explosif du canon français de 75Traditionnellement réservés aux canons de fort calibre, dont la mission était la destruction des obstacles fortifiés plutôt que l'élimination des troupes, les obus de rupture, ou obus explosifs, furent rapidement étendus à l'artillerie de campagne, qui prit ainsi part au pilonnage de la guerre de positions.

L'organisation générale d'un tel obus était elle aussi plutôt classique. Prenons de nouveau comme exemple l'obus explosif du canon de 75 français. Il s'agit cette fois d'un obus en acier forgé, d'une seule pièce du culot à l'ogive, aux parois encore un peu plus épaisses, et muni à son extrémité supérieure d'un trou fileté pour y loger la fusée. L'obus pesait 5.300 kg, et était rempli de 850 g de mélinite. Cet explosif corrodant l'acier, l'intérieur de l'obus était vernis ou étamé (les produits de la corrosion étant susceptibles de déclencher une explosion !).


Eclat d'obus explosif, provenant de l'ogive. Imaginez les effets d'une telle pièce lancée à toute vitesse vers un homme... (trouvée en Artois)Il convient de noter qu'à la différence des obus français, les obus explosifs allemands n'étaient jamais réalisée en une seule pièce. Dans les obus de fort calibre, le culot était vissé à l'arrière de l'obus. Dans les obus de calibre faible et moyen, c'était l'ogive qui était vissée au corps de l'obus. Les effets de ces projectiles étaient redoutables. Les éclats qu'il projetaient allaient d'une taille minuscule suceptible de pénétrer profondément dans le corps humain à de gros fragments capables d'arracher un membre ou de hacher littéralement un homme... Les éclatements souterrains (avec fusée à retard) retournaient le sol et créèrent ce paysage lunaire si caractéristique des photos d'époque, et encore bien visible 90 ans après..


Schéma des obus d'artillerie lourde, à parois renforcéesLes obus de l'artillerie lourde, conçus pour l'attaque des cuirassements, étaient à ogive pleine et plus résistante, afin de leur permettre de pénétrer profondément dans les massifs de béton avant de détonner, provoquant ainsi des effets plus considérables (effet de mine s'ajoutant à l'effet de choc).

Obus français de 400 mm, poids 900 kg. (Mémorial de Verdun)Les parois d'acier étant beaucoup plus épaisses, leur charge en explosif était proportionnellement moins importante que celles des obus de plus faible calibre (10 à 12 % de poids d'explosif par rapport au poids de l'obus, pour 16 à 30 % pour les calibres 75 à 220 mm).
Culot à pas de vis d'un obus allemand d'artillerie lourde, de calibre vraisemblable 355 mm. (Mort Homme - Verdun) La fusée (dispositif d'allumage) était située en culot, et non en tête d'ogive. Dans le cas des obus allemands, les culots étaient le plus souvent séparés, vissés au corps principal de l'énorme obus.

Enfin, une attention plus importante était accordée à leur aérodynamisme, au vu de leur poids et des longues portées, quitte à les munir d'une fausse ogive effilée en tôle fine.



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Obus fumigènes, incendiaires ou à gaz

Schéma de l'obus traceur du canon français de 75

Des projectiles spécialisés furent employés pendant toute la durée du conflit. Il est difficile d'être exhaustif dans leur énumération. Contentons nous de citer :


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Torpilles d'artillerie de tranchée

Schéma des torpilles du crapouillot de 58 mm (avec tige) et de 240 mmLes mortiers de tranchée, 'Crapouillots' chez les Français, 'Mortars' chez les anglais, et 'Minenwerfers' pour les allemands, envoyaient des projectiles à faible vitesse initiale en sur lesquels s'exerçait une faible pression.

Nettement moins sollicités mécaniquement que les obus, ces bombes pouvaient se contenter de minces parois en acier, et consacrer la plus grande partie de leur volume au transport de considérables quantités d'explosif puissant, qui représentait jusqu'à 50 à 60 % du poids total !

On comprend mieux que de telles charges aient été capables de niveler des dizaines de mètres de tranchées, et de terroriser leurs malheureux occuppants.

Munitions diverses de crapouillots (Fort de La Pompelle)Les canons de l'artillerie de tranchée n'étant pas rayés, la stabilité en vol était le plus souvent assurée par des ailettes, dont l'effet était suffisant grâce aux faible vitesses.

Selon le type de mortier, c'était soit une queue cylindrique soudée à l'arrière de la bombe qui était insérée dans le tube du mortier (cas des mortiers de 58 mm français, avec plusieurs variétés d'obus), soit toute la section arrière du projectile (cas des minenwerfers allemands, des mortiers anglais, et des crapouillots français).


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