L'ARTILLERIE DANS LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

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Un canon : état de l'art du début du siècle
Les grandes catégories d'artillerie
L'artillerie de campagne
L'artillerie lourde
L'artillerie super-lourde et de longue portée
L'artillerie de tranchée
L'artillerie de forteresse
L'artillerie autotractée et 'spéciale'
L'artillerie de défense aérienne et navale
Le rôle et les effets de l'artillerie
Conseils de lecture
Quelques sites web

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L'artillerie fut une une des armes principales de la première guerre mondiale : l'immense majorité des pertes humaines furent causées par ses canons. Consacrons-lui un peu de temps, afin de bien planter le décor, avant de découvrir les projectiles que l'on peut encore trouver sur le terrain.


Canon de campagne de 77mm allemand - modèle 1916 (tube allongé à 2743 mm pour 2136 mm en version initiale ) , musée de N-D de Lorette en Artois

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Un canon de campagne : état de l'art du début du siècle

A sa mise en service dans les armées françaises en 1897, le canon de 75mm, développé par le Général Deloye, établit une nouvelle référence, et fit figure d'état de l'art pour plusieurs années. Bon nombre de canons de la première guerre adoptèrent certains de ses principes (ou les améliorèrent) : munition unique (douille et obus), frein hydro-pneumatique, et culasse à maniement rapide.

Schéma du fameux canon de 75

Sans vouloir en faire le meilleur canon du monde, et répéter ainsi l'aveuglement de l'état-major français de 1914, qui croyait tellement en l'omnipotence de 'son 75' qu'il délaissa complètement l'artillerie lourde, prenons toutefois ce canon comme support pour expliquer le fonctionnement de cette arme au début du siècle.

Configuration générale

Rayures du canon sur un 150 allemandLe canon de 75 était composé d'un tube en acier forgé d'un poids de 460 kg, monté sur un affût. L'intérieur du canon était usiné au calibre de 75 mm et comportait 24 rainures en spirale. Ces rainures donnaient à l'obus un mouvement de rotation autour de son grand axe, qui améliorait la stabilité de sa trajectoire par effet gyroscopique. La longueur du tube était de 36,6 calibres, c-à-d de 36,6 x 75 mm = 2745 mm.

Plus le tube est long et plus longtemps l'obus subit la poussée des gaz, et donc plus sa vitesse initiale augmente, améliorant ainsi la portée maximale du tir. Ainsi, le tube de 2136 mm du canon allemand 77mm FK96, allongé en 1916 à 2743 mm (version 77 mm FK16) permit entre autres améliorations de faire passer la vitesse initiale de l'obus de 460m/s à 600 m/s, et la portée de 5500 m à 10500 m.

Composants principaux du 75

L'affut était équipé d'un essieu avec roues en bois, d'un longeron muni d'une crosse avec bêche pour ancrer le canon au sol, d'un bouclier blindé pour protéger l'équipage, et d'un berceau orientable en élévation (entre -11° et +18°) par l'intermédiaire du système de pointage de hausse. Le tube reposait sur le berceau par des tourillons.

Frein hydro-pneumatique

La pièce était équipée d'un mécanisme de frein hydro-pneumatique, destiné à absorber la considérable énergie de recul du tir sur une course de 1093 mm et la restituer ensuite pour remettre le canon en position automatiquement sans nécessité de repointage (voir schéma).

Système de frein hydro-pneumatique du 75

Pour fixer les ordres de grandeur, le départ de l'obus de 5,5 kg à la vitesse de sortie de 625 m/s à la bouche appliquait par réaction au canon pesant 1,14 tonnes une force recul de l'ordre d'une tonne, l'entraînant à une vitesse initiale de l'ordre de 7,5 m/s... Sans frein, la pièce serait partie en arrière sur plusieurs mètres, ou, bloquée par la bèche, aurait dangereusement sauté sur place !

Frein hydro-pneumatique de 75 en fonctionnement : avant tir, tir et recul comprimant l'air, détente de l'air et retour en position initiale

L'obus était solidaire de la douille qui comprenait la charge propulsive (configuration 'fixée'). Ce dispositif accélèrait fortement la procédure de chargement du canon qui pouvait se faire avec un seul homme, contrairement à bien d'autres pièces de l'époque pour lesquels obus et douille étaient chargés séparément.

Culasse

La munition était chargée, et la douille vide éjectée par le mécanisme arrière du canon, appelé culasse. Le maniement de ce dispositif devait à la fois être rapide, et verrouiller de manière solide et étanche le fond du canon pour le tir. Le dispositif du 75, avec mécanisme excentrique, était particulièrement ingénieux :

- Culasse fermée, prèt à tirer

Vue d'arrière de la culasse du canon de 75, fermée

- Culasse ouverte, prèt à charger

Vue d'arrière de la culasse du canon de 75, ouverte

Le dispositif de mise à feu fonctionnait par percussion d'une aiguille au travers de la culasse sur l'amorce de l'obus, déclenchée par simple traction sur une cordelette.

Cette pièce expédiait ses obus jusqu'à 6860 m, à la cadence d'un coup toutes les 6 secondes. Les armées françaises disposaient de près de 4800 exemplaires de cette arme en 1914. (A titre d'information, en 1918 plus de 17300 canons de 75 étaient en service...)

Les canons contemporains avaient adopté la plupart des dispositifs présents sur celui-ci, avec quelques modifications. En particulier, certains modèles de frein de recul étaient plutôt de type hydro-mécanique (huile + ressort), et les mécanismes de fermeture de culasse de type 'tiroir' ou 'bloc coulissant' (Allemagne) ou 'pas de vis interrompu' (Angleterre et France).

Culasse à vis excentrique du canon de campagne français de 75 mm, fermée
Culasse à pas de  vis interrompu de l'obusier Schneider de 155, ouverte
Culasse à bloc coulissant, mi-fermée, sur 100 mm allemand

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Les grandes catégories d'artillerie

Du plus petit calibre jusqu'au plus grand, des tubes courts aux tubes longs, de la pièce sur affût fixe au canon tracté, sur rail ou automoteur, l'artillerie de 14-18 se décline, pour chacun de belligérants, en plusieurs catégories, chacune déployant une grande variété de canons.

Un peu de vocabulaire technique avant de passer les armes en revue : on parlera généralement de 3 types principaux de pièces :
  • Canons (en anglais 'Gun') - Pièces généralement utilisées pour le tir 'tendu'.
  • Obusiers (en anglais : 'Howitzer' ) - Pièces généralement utilisées pour le tir 'courbe'.
  • Mortiers (en anglais : 'Mortar' ) - Ancienne appellation des pièces lourdes utilisées pour le tir 'courbe'

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Le rôle et les effets de l'artillerie

Sol retourné par les obus aux alentours de l'ouvrage de Thiaumont à VerdunIl suffit de se rendre sur un ancien champ de bataille pour voir les effets d'un bombardement d'artillerie de 1914-1918. Terrain retourné, trous d'obus jointifs et superposés de plusieurs mètres de diamètre et de profondeur, la destruction des positions organisées est souvent totale, à tel point que les combattants finirent par utiliser les cratères eux-mêmes comme trou de fusilier.

La puissance de feu est phénoménale et croît avec l'avancement du conflit : des premiers combats de la guerre de mouvement aux préparations d'artillerie pilonnant pendant plusieurs jours les positions ennemies avant les grandes offensives, les ordres de grandeur changent.

Quelques exemples :

  • L'offensive de Champagne et de l'Artois en septembre 1915 consomma en deux mois près de 8 millions d'obus de 75, 155 et 220 mm sur un front total de 50 km.
  • Pendant l'offensive du Chemin des Dames en 1917, les français tirèrent en deux mois près de 19 millions d'obus, sur un front de moins de 40 km !

D'autres preuves de ce déluge de feu sont accessibles d'un simple regard sur les débris que l'on trouve sur ces mêmes champs de bataille : quantité de balles de plomb, de petits ou grands éclats d'acier, ou de fusées d'obus qui, projetés à plusieurs centaines de km/h, eurent des effets dévastateurs.

Abri effondré sur la cote 344 à VerdunC'est un véritable hachoir à soldats qui s'abat sur les troupes prises sous un bombardement, et les blessures sont le plus souvent horribles, et léthales.

Corps désintégrés, hommes coupés en deux, membres arrachés, faces défigurées ou corps saignés à blanc par le petit trou pratiqué par un minuscule éclat, 80% des blessés de la grande guerre le furent par les effets de l'artillerie.

Dans certains cas, les effets secondaires eux-mêmes tuèrent ou blessèrent aussi sûrement : souffle de l'explosion qui projette les corps ou détruit les poumons, brûlûre par la chaleur des flammes, ensevelissement dans les abris bouleversés, ou choc psychologique 'simplement' incapacitant voire rendant fou.

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Conseils de lecture

Etonamment peu de livres traitent de l'aspect technique de cette arme pour la Première Guerre Mondiale. Parmi ces publications, notons :


Même maison d'édition (Crowood) et même qualité iconographique, pour deux auteurs différents : Allied Artillery of World War One (Ian V. Hogg), et German Artillery of World War One (Herbert Jäger).
Le 2àme tome du célèbre L'Uniforme et les Armes des Soldats de la Guerre 1914-1918 (Liliane et Fred Funcken), consacre plusieurs chapitres à l'Artillerie des différents pays belligérants.
Les documents d'époque sont souvent très intéressants, comme ce Manuel du Gradé de l'Artillerie , ou ce fantastique Cours de Munitions, Ecole Militaire de l'Artillerie, Avril 1916 qui a appartenu à un jeune aspirant qui partit ensuite au feu.
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Quelques sites web

De nouveau, peu de sites spécialisés sur ce sujet sur le web. Mais les quelques sites suivants sont de qualité :


http://canonspgmww1guns.canalblog.com Canons pgm / ww1 Guns : et ce blog, dont je suis le webmaster, qui est dédié à la collecte des pièces d'Artillerie de 1914-1918 encore visibles de nos jours.
http://www.landships.freeservers.com/index.htm Landships : Un site tr-ès bien documenté sur l'artillerie (et autre matériel) de la Première Guerre, à destination des constructeurs de modèles réduits.
http://www.lovettartillery.com Lovett Artillery : Site d'un collectionneur et restaurateur Américain de canons. A visiter !
http://canonde75.free.fr/index.htm Le Canon de 75 : : Probablement le meilleur site consacré au fameux 75 Français.
LES CANONS DE L'APOCALYPSE http://html2.free.fr/canons/index.htm Les canons de l'Apocalypse : Les canons les plus lourds des Première et Deuxième Guerres Mondiales
http://www.artillerie.info/ Histoire Technique de l'Artilerie Française Le site tr-s impressionant du Dr Balliet, au sujet de l'artillerie Française du XIVe au XIXe siècle
http://www.ilmio.net/artiglieria/ ArtiglieriA Site consacré à l'artillerie Italienne de la Grande Guerre
(too long url !) Harry's Zünder EckeBeaucoup de photos d'une impressionante collection de fusées d'artillerie, mais pas beaucoup d'explications, malheureusement.
MUNAVIA21.org http://www.munavia-21.org/ Munavia 21 Vraiment triste que cet excellent site , si bien documenté en particulier pour les fusées, ferme définitivement en fin 2005...

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